Mme Boutin, à propos du rapport Rochefort

Publié le par Fédération du Commerce Niçois et Azuréen

"Mesdames, Messieurs,

Je voudrais commencer par adresser tous mes remerciements à Robert ROCHEFORT, directeur du Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de Vie (le CREDOC), vice-président de la commission nationale des comptes du commerce, mais surtout grand analyste des hommes et femmes de ce pays, de leurs modes de vie et des évolutions de notre société.
Le 7 décembre dernier, dans le cadre de mes réflexions sur la ville, je lui demandais de conduire une étude portant sur le rôle du commerce dans ses trois fonctions.

•    Comme lieu de rencontre et d'échange

•    Comme créateur d'emploi et de richesse

•    Comme source d'attractivité pour la ville.

Aujourd'hui, 20 février, tout juste deux mois plus tard, je veux lui faire tous mes compliments pour son remarquable travail. Après avoir reçu près d'une quarantaine de personnes ou d'organisations, Robert ROCHEFORT me remet aujourd'hui un rapport concis, qui va droit au but, un rapport qui sait ce qu'il veut dire, et qui le dit avec clarté et force 6
De ce rapport, je retiens d'abord deux choses.

Une vison globale de la ville que je partage et qui m'est chère, qui intègre à la fois les quartiers fragiles et les quartiers anciens dégradés, qui envisage la cité dans son ensemble, comme un seul et même corps. Mais aussi une vision qui s'ancre dans l'histoire du phénomène urbain. L' origine des villes, si loin qu'on puisse remonter, est un fait essentiellement historique. La ville, c'est la création de la politique, c'est aussi la création du commerce. Jusqu'ici, les agglomérations ont toujours servi à leur manière la cause du progrès ; car rien de nouveau ne se crée sans que l'évolution souhaitée ait à sa portée de suffisantes disponibilités d' hommes. Le commerce est donc intrinsèquement lié à l'évolution des villes et des hommes ; c'est dire combien il est important aujourd'hui où nous faisons face à de nouveaux défis.

A chaque période son commerce ! Vous avez dressé, Cher Robert ROCHERFORT, un brillant parallèle entre son évolution et les cycles de croissance. De Boucicaut qui allait, en l'espace de quelques années, révolutionner le commerce de fond en comble, au coeur de nos villes avec son Bon Marché, au développement, avec les Trente glorieuses, des super et hypermarchés, « hors les murs ».

Oui, je suis d'accord avec vous : la grande distribution contemporaine a eu l'immense mérite de permettre la démocratisation de la consommation.

Oui , je partage également votre avis, elle a ses revers :
Nos centres commerciaux périphériques, qui ont étanché notre soif de consommation, ont vraisemblablement fait le même tort à la ville que les « grands ensembles » qui, pour répondre à l'impérieux besoin de logements, ont poussé sans continuité spatiale avec elle.
Ces gigantesques « paquebots », comme vous les appelez, ont certainement contribué à raréfier un commerce traditionnel de proximité qui donnaient à nos rues, leur dynamisme, leur âme et leur identité. Il y a forcément eu un effet de vase communicants mais, à mon sens, un commerce n'exclut pas l'autre à la condition qu'ils soient bien différenciés, bien typés. Ne va-ton pas aller d'une part, vers un commerce « utilitaire » avec les grandes surfaces et d'autre part, vers un commerce « plaisir » avec les commerces de proximité, chez lesquels on ira rechercher le service, le contact et le conseil ?
 
Oui enfin, le commerce de demain sera « le fait des entrepreneurs qui l'inventeront » mais cela ne nous interdit pas, bien au contraire, de réfléchir dès à présent à ce qu'il peut devenir au regard des évolutions contemporaines.
Et, c'est justement ce que vous avez fait en inscrivant votre réflexion dans le nouveau contexte de l'environnement durable et des habitudes d'une population qui change sous l'effet de puissantes lignes de fond : l'étalement urbain, le vieillissement de la population et bien sûr, le développement des services et du commerce électronique...

Ce qui m'amène à vos propositions.

Je dois dire en préambule qu'un certain nombre d'entre elles relèvent plus directement de mes collègues du gouvernement : que ce soit Christine LAGARDE, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi, ou d'Hervé NOVELLI et Luc CHATEL, les secrétaires d'Etat chargés respectivement des Entreprises et du Commerce Extérieur et de la Consommation et du Tourisme. En tout état de cause, une concertation interministérielle devra donc être menée.

Si je devais résumer ce rapport à grand traits, je parlerais pêle-mêle :

•    de l'accent mis sur la mise en réseau des commerçants ; entre eux et avec la           clientèle via le web
•    de l'importance accordée à la visibilité du commerce,
•    de l'importance à donner à son traitement dans la rénovation urbaine, au même titre que le logement ou les transports
•    des pistes particulières pour les quartiers sensibles et quartiers anciens dégradés
 

Mais, j'aimerais, si vous le voulez bien, évoquer avec vous plusieurs de ces préconisations, en les analysants par rapport à leur finalités profondes. A savoir, le commerce,
                                     •    Comme lieu de rencontre et d'échange

•    Comme créateur d'emploi et de richesse
•    Comme source d'attractivité pour la ville.

2) Au titre du commerce , créateur d'emploi et de richesse

Vous proposez de généraliser la mise en place de manageurs commerciaux de ville ou d'agglomération (MCV).
D'une façon générale, le commerce fonctionne sur un principe de liberté . liberté de choix des produits, liberté de choix des commerçants, la liberté du bailleur commercial de choisir son locataire. De ce point de vue, j'ai toujours cru que les interventions de la puissance publique, si elles pouvaient momentanément infléchir ou modifier ce libre choix, tôt ou tard laissaient le dernier mot aux forces du marché. En clair, cela ne servait à rien de s' opposer au cours des choses. Or, j'ai découvert récemment, et vous le montrez très bien dans votre rapport, comment la simple expression des forces du marché peut aboutir à des situations invivables pour le plus doué des commerçants et à quel point, au contraire, un manager peut donner une cohérence et un dynamisme supplémentaire à l'organisation commerciale.
J'approuve donc la proposition que vous faites de généraliser et d'étendre dans le temps le soutien à ces managers commerciaux. Et je vais me rapprocher d'Hervé NOVELLI pour voir comment nous pouvons la mettre en oeuvre, notamment à travers le FISAC.
 
Vous proposez d'intégrer pleinement les petits commerces dans l'économie numérique
Un commerce de proximité peut encore se permettre d'être absent de la toile aujourd'hui. Je ne suis pas certaine que cela sera vrai dans dix ans?

Et puis, cessons d'opposer petit commerce et internet. Cessons de voir dans internet une arme de plus qui serait fatale au petit commerce. C'est le contraire. Internet peut être le moyen pour les petits commerces de rendre un meilleur service, de mieux répondre aux besoins du client ; tout à la fois d'être pleinement dans son rôle de petit commerçant de proximité mais aussi de vendre par delà les bornes de son secteur naturel. C'est le cas par exemple, de nombreuses librairies de quartiers qui vendent leur stock à l'autre bout du monde.

Avec Christine LAGARDE qui développe l'économie numérique, et suivant vos préconisations, nous allons donner l'occasion aux commerçants d'être à la pointe de la révolution numérique.

Vous proposez de faciliter la création de TPE par les jeunes des quartiers sensibles
C'est une chose à laquelle, je crois beaucoup. Elle rejoint l'annonce faite par le Président de la République le 8 février, à l'occasion de la présentation de la nouvelle politique en faveur des banlieues, à savoir, « l' accompagnement de 20 000 jeunes souhaitant créer leur entreprise».

Il existe dans nos quartiers populaires une vraie volonté de réussir. Le désir de création d'entreprise y est très fort. J'ajoute que l'entrepreneuriat est une voie royale d'ascension sociale.
 

Par ailleurs, je crois qu'il est très important qu'on ne se limite plus aujourd'hui au seul traitement social des quartiers populaires et qu'on considère enfin leurs habitants et les familles qui y vivent, comme des ressources essentielles de l'économie de notre pays. Les quartiers peuvent rendre à la France son allant, j'en suis convaincue !
Enfin, je rêve de voir petit à petit les échoppes, les boutiques, les fond de cours, qui jalonneront les routes entre les banlieues et les centres ville, occupés par ces jeune créateurs d'entreprises et par leur commerce . Ce sont eux qui recréeront la continuité urbaine !

3) Au titre du commerce comme source d'attractivité pour la ville.

Vous proposez de créer une nocturne hebdomadaire pour les commerces de centre-ville sur l'ensemble du territoire
La société moderne a sonné le glas du temps uniforme, brisé les rythmes sociaux, ceux de la cité comme ceux de la famille. Cette fragmentation, nous devons en tenir compte. Voilà pourquoi notamment, j'ai décidé d'intégrer le commerce dans le séminaire que j'ai programmé sur la nuit dans la ville après avoir été sensibilisée à ces questions par les travaux du chercheur Luc GWIADZINSKI.
Nous devons impérativement poursuivre la réflexion sur les rythmes dans la ville en veillant à préserver un juste équilibre entre les besoins du consommateur, le respect des salariés, la nécessité d'un temps de respiration pour chacun de nous et sa famille et enfin, le principe d'équité entre les commerces.
Vous ne manquez pas de soulever le grand débat récurrent: l'ouverture dominicale ! Votre « entre deux », votre proposition d'ouvrir les commerce non alimentaire de centre-ville le dimanche, mais uniquement le matin est une contribution qui ne manquera pas d'intéresser sur ce sujet complexe. Et je vous en remercie.
Comme chacun d'entre nous le constate en observant sa propre vie, le temps des loisirs est plus ou moins un temps de consommation. Et chacun conçoit bien qu'il ne doit pas être cannibalisé par la seule consommation. De ce côté là, les loisirs du soir sont peut être plus « consommateurs », que les loisirs du dimanche ? A ce titre, l'ouverture des magasins en semaine, en soirée préserverait peut-être l'équilibre délicat que nous recherchons. L'ouverture le dimanche est vraisemblablement une rupture plus brutale avec les rythmes traditionnels de notre société. Je ne crois pas qu'il faille hésiter, en tout cas, à aborder franchement toutes ces questions.

1) Au titre du commerce comme lieu de rencontre et d'échange

Vous proposez de bâtir une dizaine de grands projets commerciaux dans des zones franches urbaines ou des zones sensibles
J'y crois également beaucoup ! Au mois de novembre dernier, je suis allée inaugurer à Marseille le vaste ensemble de la « Station Alexandre » dans la zone franche du Canet - Saint Barthélémy. C'est tout à la fois un centre d'affaires et de commerce mais aussi un lieu de culture, un lieu de vie et d'échange. Je suis convaincue que ce type de structures peuvent devenir des points névralgiques, des « locomotives » pour les quartiers en plein développement . Elles peuvent drainer un public très divers, attirer des habitants d'ailleurs venant de toute la ville. C'est à mes yeux un outil idéal pour lutter contre la ségrégation résidentielle et ouvrir un quartier populaire sur le reste de la ville afin qu'il redevienne un morceau de ville comme les autres.
 
Je vais donc demander à l'ANRU de lancer un appel à projet pour la réalisation de ces premiers centres commerciaux d'une nouvelles génération.
Vous proposez de mettre en place un dispositif « EPARECA allégé » pour les vieux centres urbains dégradés.
C'est l'habitation qui crée la ville. Sans logements, vous n'avez pas une ville vous avez un quartier d'affaires, une zone commerciale, une zone industrielle. Vous n'avez pas une ville mais une zone. C'est le point central de la réflexion sur les centres anciens dégradés. Mais Robert Rochefort le :montre bien, la fonction commerciale est essentielle à la vie des habitants et à l'ouverture d'une enclave âbimée sur le reste de la ville. Cette fonction doit donc être prise en comporte d'emblée dans les travaux conduit en ce moment par l'ANRU et l'ANAH sur les quartiers anciens
Voilà Mesdames, Messieurs, ce que j'avais à vous dire sur cet excellent travail.
 
La transformation de la ville a toujours révélé les mouvements de l'histoire.
Nous devons tenir compte des événements, tenir compte des possibilités nouvelles. C'est ainsi que nous construirons des villes jeunes, c'est à dire des villes qui favorisent la rencontre, l'ouverture à l'autre, l'envie de donner et de s'engager, étant le propre des jeunes. Car il n'y a pas d'opposition entre l'homme et la ville. Encore faut-il que la ville soit faite pour l'homme.
Cette réflexion sur le commerce était indispensable pour assurer la réussite de la renaissance des villes françaises. Il n'y aura plus de contradiction
 
entre ce mouvement irrépressible des hommes à s'agréger en ville et cette soif absolue de l'homme à y être toujours plus homme.

Avec ce rapport vous venez, Robert ROCHEFORT, de jeter les bases d'une action coordonnée, qui va permettre de redynamiser notre commerce urbain.

Je tiens à vous remercier publiquement, vous l'homme si sollicité, qui avez accepté de consacrer à ce sujet essentiel votre temps et vos lumières.

Je vous remercie."
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